Depuis le début de l’année 2025, un changement profond s’opère dans la manière dont les Français conçoivent leur épargne. Ce n’est plus seulement une question de sécuriser son capital ou de préparer sa retraite : l’assurance-vie devient un outil d’engagement, un levier pour participer à la transformation du pays. Grâce à l’irruption des fonds infrastructures dans les unités de compte, les particuliers peuvent désormais, depuis leur canapé, investir dans des projets qui façonnent le futur de la France — énergies renouvelables, réseaux numériques, mobilité durable. Ce tournant, porté par une réglementation incitative et une demande citoyenne accrue, ouvre des perspectives inédites. Mais derrière l’enthousiasme légitime, se cachent des réalités techniques, des contraintes structurelles et des choix stratégiques qu’il serait dangereux d’ignorer. Cet article décrypte ce nouveau paysage, en croisant données, témoignages et analyses pour aider chaque épargnant à naviguer en eaux nouvelles.
Qu’est-ce que les fonds infrastructures dans l’assurance-vie ?
Les fonds infrastructures sont des véhicules d’investissement qui financent des projets physiques essentiels au fonctionnement de l’économie : centrales solaires, éoliennes offshore, réseaux de fibre optique, data centers écoconçus, ports modernisés ou encore réseaux de chaleur urbains. Ces actifs, autrefois réservés aux fonds souverains, aux compagnies d’assurance institutionnelles ou aux grandes banques d’investissement, sont désormais accessibles aux particuliers via des compartiments d’assurance-vie.
Le mécanisme est simple : l’épargnant souscrit à une unité de compte spécialisée, qui agrège les fonds pour participer à des projets sélectionnés par un gestionnaire. Ces projets sont généralement portés par des consortiums publics-privés, bénéficient de contrats de longue durée (20 à 30 ans) avec des contreparties solides (collectivités locales, opérateurs publics, entreprises régulées), et génèrent des flux de trésorerie stables, souvent indexés sur l’inflation.
Prenez le cas de Camille Lenoir, ingénieure en transition énergétique à Lyon, 38 ans. « J’ai toujours trouvé frustrant de voir mon argent dormir dans des fonds en euros sans impact réel », confie-t-elle. « Depuis janvier, j’ai alloué 7 % de mon assurance-vie au fonds Épopée Infra Climat Co-Invest I. Savoir que mes euros contribuent à construire une station de recharge pour bus électriques à Nantes, c’est une forme de fierté concrète. »
Pourquoi les assureurs ouvrent-ils ce nouveau chapitre ?
Le timing n’est pas anodin. L’entrée massive des fonds infrastructures dans les contrats d’assurance-vie coïncide avec l’application de la loi « Industrie verte », votée fin 2023, qui incite les compagnies d’assurance à diversifier leurs portefeuilles vers des actifs productifs et durables. En parallèle, la recherche de rendement dans un contexte de baisse des taux sur les obligations classiques pousse les assureurs à explorer de nouvelles classes d’actifs.
« Il ne s’agit pas d’un simple effet de mode, mais d’une mutation structurelle », explique Thomas Rameau, économiste au sein d’un grand groupe mutualiste. « Les infrastructures offrent une combinaison rare : des revenus prévisibles, une faible corrélation avec les marchés actions, et un ancrage territorial fort. C’est exactement ce que les épargnants recherchent aujourd’hui : du sens, de la stabilité, et un peu de performance. »
La demande est palpable. Selon une étude interne réalisée par un assureur majeur, 64 % des détenteurs d’assurance-vie interrogés en février 2025 souhaitent investir dans des projets ayant un impact mesurable sur la transition écologique. Une demande que les gestionnaires d’actifs ont entendue : SWEN Capital, par exemple, a lancé une version mutualisée de son fonds Select Infrastructures, accessible dès 500 €, et intégrée à plusieurs contrats d’assurance-vie grand public.
Le rendement promis : réel ou trop beau pour être vrai ?
Les objectifs affichés tournent autour de 5 à 8 % par an, net de frais. Un chiffre qui fait rêver, surtout comparé aux 2,2 % offerts par le fonds en euros moyen en 2024. Mais est-ce réaliste ?
« Ce rendement repose sur une logique de long terme », nuance Élodie Vasseur, gestionnaire chez un asset manager spécialisé. « Il ne faut pas s’attendre à des dividendes mensuels. Les distributions sont annuelles, parfois biennales, et peuvent varier selon les phases du projet — construction, mise en service, exploitation. »
Preuve par l’exemple : le fonds Épopée Infra Climat a versé 4,8 % en 2025, malgré des retards sur deux projets d’éolien en Bretagne. « On a compensé grâce aux revenus stables des data centers bas carbone », précise la gestionnaire. « Mais cela montre que même les projets bien encadrés peuvent connaître des aléas. »
En réalité, le rendement dépend de plusieurs facteurs : la qualité du pipeline de projets, la solidité des contreparties, la gestion des risques techniques, et bien sûr, l’évolution du cadre réglementaire. Un changement de politique énergétique ou une réforme fiscale pourrait impacter la rentabilité.
Quels sont les risques cachés derrière l’attractivité ?
Le principal défi des fonds infrastructures : la liquidité. Contrairement aux OPCVM classiques, ces fonds fonctionnent sur une logique de fonds fermés. L’argent est bloqué, souvent entre 8 et 12 ans. Des rachats exceptionnels peuvent être autorisés, mais ils sont rares, soumis à conditions, et parfois accompagnés de pénalités.
« J’ai dû racheter une partie de mon contrat pour financer des travaux urgents sur ma maison », raconte Julien Mercier, artisan menuisier à Toulouse. « Mon conseiller m’a expliqué que les fonds infrastructures n’étaient pas liquides. J’ai dû attendre six mois pour récupérer mes fonds, avec une décote de 5 %. Une leçon d’humilité. »
Les frais constituent un autre point de vigilance. Les frais d’entrée peuvent atteindre 4 %, et les frais de gestion annuels varient entre 0,8 % et 1,5 %. Certains fonds ajoutent des frais de performance, prélevés au-delà d’un seuil de rendement. « Il faut calculer le rendement net, pas brut », insiste Thomas Rameau. « Un fonds à 7 % brut mais avec 2 % de frais, ce n’est que 5 % en réalité. »
Enfin, la transparence reste un enjeu. Certains fonds communiquent peu sur les projets exacts financés. « J’ai demandé à mon conseiller une liste des actifs détenus », témoigne Camille Lenoir. « Il m’a répondu que c’était confidentiel. Je comprends la nécessité, mais cela crée un sentiment de perte de contrôle. »
Comment intégrer ces fonds dans sa stratégie patrimoniale ?
Les experts s’accordent sur un point : les fonds infrastructures ne doivent pas représenter la totalité de l’unité de compte, ni même une part majoritaire. Ils doivent être intégrés dans une stratégie diversifiée, en fonction du profil de risque et de l’horizon d’investissement.
« Pour un profil prudent, 2 à 6 % du portefeuille est suffisant », recommande Élodie Vasseur. « Pour un investisseur plus averti, 8 % peuvent être justifiés, mais jamais au détriment de la liquidité nécessaire pour faire face aux imprévus. »
Il est également conseillé de les considérer comme un placement de long terme, aligné sur des objectifs comme la retraite ou la transmission. « Plus on approche de l’âge de départ, plus on doit réduire l’exposition », ajoute Thomas Rameau. « C’est une règle simple, mais souvent oubliée. »
Un autre bon réflexe : privilégier les fonds labellisés Article 8 ou 9 du règlement SFDR, qui garantissent un engagement fort en matière ESG (environnemental, social, gouvernance). « Le label ne fait pas tout, mais il impose des exigences de reporting et de sélection », précise Élodie Vasseur.
Quelles questions poser avant de signer ?
Avant toute souscription, un dialogue avec son conseiller est indispensable. Voici les questions clés à poser :
Quel est le niveau de liquidité du fonds ?
Combien de temps mon argent est-il bloqué ? Y a-t-il des fenêtres de rachat ? À quelles conditions ?
Quels sont les frais réellement appliqués ?
Frais d’entrée, de gestion, de performance ? Y a-t-il des frais cachés ou des commissions indirectes ?
Quels types de projets sont financés ?
Énergie ? Transport ? Numérique ? Eau ? Quelle est la répartition géographique ?
Quel est le niveau de transparence ?
Le fonds publie-t-il des rapports d’activité détaillés ? Peut-on connaître les projets financés ?
Quel est le risque réglementaire ou politique ?
Le rendement est-il garanti par des contrats indexés sur l’inflation ? Le cadre juridique est-il stable ?
« J’ai posé toutes ces questions à mon conseiller », raconte Julien Mercier. « Cela m’a pris une heure, mais j’ai évité une erreur. Il m’a orienté vers un fonds avec rachats semestriels limités, ce qui me convient mieux. »
Conclusion : une opportunité à saisir, mais avec méthode
L’ouverture des fonds infrastructures à l’épargne individuelle via l’assurance-vie est une avancée majeure. Elle permet de concilier performance, diversification et impact. Elle transforme le citoyen en acteur de la transition, sans exiger de fortune.
Pourtant, elle n’est pas universelle. Elle exige du recul, de la patience, et une bonne compréhension des contraintes. Ce n’est pas un placement spéculatif, ni un remède miracle contre l’inflation. C’est un pilier de long terme, à intégrer avec prudence dans une stratégie globale.
Comme le résume Camille Lenoir : « Je ne m’attends pas à devenir riche du jour au lendemain. Mais je sais que mon argent travaille pour quelque chose de solide, de durable. C’est une forme de sérénité que je n’avais jamais eue avec mes placements. »
A retenir
Les fonds infrastructures sont-ils accessibles à tous ?
Oui, depuis 2025, plusieurs fonds sont accessibles dès quelques centaines d’euros dans des contrats d’assurance-vie ou de PER. Cependant, ils conviennent mieux aux épargnants ayant un horizon long (8 à 12 ans minimum) et une tolérance au risque modérée.
Peut-on perdre de l’argent avec ces fonds ?
Oui, malgré leur stabilité relative. Les risques incluent les retards de construction, les changements réglementaires, les défauts de contrepartie ou des baisses de revenus liées à une baisse de la demande (ex : baisse de la consommation d’électricité). La perte en capital n’est pas impossible, surtout en cas de rachat anticipé.
Quelle est la fiscalité applicable ?
Les plus-values et revenus sont soumis à la fiscalité de l’assurance-vie : prélèvements sociaux à 17,2 %, et, selon la durée de détention, imposition au barème progressif de l’impôt sur le revenu ou au prélèvement forfaitaire unique de 30 %. Aucune spécificité fiscale n’est prévue pour les fonds infrastructures à ce jour.
Peut-on combiner fonds infrastructures et fonds en euros ?
Oui, et c’est même recommandé. Le fonds en euros assure la stabilité et la liquidité, tandis que les fonds infrastructures apportent une dimension de croissance et d’impact. L’équilibre dépend du profil de l’épargnant, mais une répartition 70/30 ou 80/20 (en euros / UC) reste courante.
Quelle est la différence entre fonds infrastructures et fonds verts classiques ?
Les fonds verts classiques investissent souvent en actions ou obligations d’entreprises du secteur durable. Les fonds infrastructures, eux, financent des actifs physiques (bâtiments, réseaux, équipements) avec des contrats longs et des flux prévisibles. Ils sont donc plus tangibles, moins volatils, mais moins liquides.





