En 2025, une réalité s’impose à des millions d’épargnants français : les placements sécurisés d’antan, comme le Livret A ou les fonds euros d’assurance-vie, ne suffisent plus à faire fructifier l’épargne. Leurs rendements, souvent inférieurs à l’inflation, laissent les ménages face à un dilemme. Faut-il accepter une stagnation financière ou franchir le pas vers des investissements plus audacieux ? C’est dans ce contexte que le private equity, longtemps réservé aux fonds institutionnels et aux grandes fortunes, attire désormais l’attention des particuliers en quête de performance. Mais derrière la promesse de rendements élevés se cachent des exigences, des risques et une culture financière à maîtriser. Ce nouvel élan vers le capital-investissement n’est pas seulement une question de rentabilité : il reflète un changement profond dans la manière dont les Français conçoivent leur épargne, leur patrimoine et leur rôle dans l’économie.
Le déclin des placements sûrs : pourquoi les Français cherchent-ils ailleurs ?
La fin d’un modèle : quand le Livret A ne suffit plus
Il fut un temps où le Livret A incarnait la sagesse populaire. Placé dans un bureau de poste ou une banque, il offrait une sécurité absolue. Aujourd’hui, avec un taux plafonné à 3 %, il peine à suivre une inflation qui, même modérée, grignote chaque année le pouvoir d’achat. Pour Léa Béranger, enseignante de 42 ans, ce constat est douloureux : « J’ai mis de côté 15 000 euros pendant dix ans sur mon Livret A. En 2025, j’ai fait le calcul : après impôts et inflation, je n’ai pratiquement rien gagné. C’est frustrant. » Ce sentiment est partagé par des millions de Français, qui réalisent que leurs habitudes d’épargne, transmises de génération en génération, ne sont plus adaptées.
Assurance-vie en fonds euros : un refuge qui perd de son lustre
Longtemps considérée comme la colonne vertébrale de l’épargne patrimoniale, l’assurance-vie en fonds euros affiche désormais des rendements autour de 2 %. « C’est moins qu’un prêt immobilier il y a dix ans », ironise Thomas Vidal, conseiller en gestion de patrimoine à Lyon. « Les clients nous demandent de plus en plus : “Où est la valeur ?” » La question est d’autant plus pressante que les primes versées sur ces contrats sont souvent à long terme, et que les générations actives – 30 à 50 ans – cherchent à préparer leur retraite dans un contexte de taux bas et de croissance incertaine.
Un contexte européen qui pousse à l’innovation
La Banque centrale européenne maintient ses taux directeurs dans une fourchette basse, limitant la capacité des banques à rémunérer les dépôts. Dans ce cadre, les obligations d’État, autrefois considérées comme fiables, offrent des rendements dérisoires. Le marché oblige donc les épargnants à sortir de leur zone de confort. « Nous sommes dans une ère de rendement négatif en termes réels pour beaucoup d’actifs traditionnels », explique Camille Lenoir, économiste au sein d’un cabinet de conseil financier. « Le private equity devient alors une option logique, même si elle n’est pas sans risque. »
Qu’est-ce que le private equity, et pourquoi suscite-t-il autant d’intérêt ?
Investir dans l’économie réelle : un pari sur la croissance des entreprises
Le private equity, ou capital-investissement, consiste à financer des entreprises non cotées en Bourse, souvent des PME, ETI ou start-ups innovantes. Contrairement aux actions cotées, ces sociétés ne sont pas soumises aux caprices quotidiens des marchés financiers. Le but ? Participer à leur transformation, leur développement à l’international, ou leur modernisation, puis réaliser une plus-value lors de leur cession ou de leur introduction en Bourse. « C’est un peu comme devenir actionnaire d’un restaurant en plein développement, plutôt que d’acheter des parts d’une chaîne déjà établie », illustre Malik Zidane, fondateur d’un fonds d’impact basé à Marseille.
Des performances séduisantes… mais à long terme
Sur dix ans, le rendement annuel moyen du private equity en Europe dépasse les 13 %, selon les données de l’association France Invest. Un chiffre qui fait pâlir les placements classiques. Pourtant, cette performance n’est pas garantie chaque année. En 2024, une correction de 15 % sur les valorisations a rappelé que le secteur n’est pas à l’abri des chocs économiques. « J’ai investi dans un fonds en 2023, et en 2024, la valorisation de mon portefeuille a baissé », témoigne Élodie Mercier, ingénieure en transition énergétique. « Mais mon conseiller m’a rappelé que c’était normal : on est sur un horizon de 7 à 10 ans. L’important, c’est la trajectoire globale. »
Une diversification stratégique face aux marchés publics
Un des atouts majeurs du private equity est sa faible corrélation avec les marchés boursiers. Lorsqu’un krach boursier survient, les entreprises non cotées ne subissent pas les mêmes pressions immédiates. Cela en fait un outil de diversification puissant pour les portefeuilles. « En 2022, pendant la volatilité post-guerre en Ukraine, mes fonds en actions ont chuté de 20 %. Mais mes investissements en private equity ont continué de croître, soutenus par des plans industriels solides », raconte Julien Kessler, dirigeant d’une entreprise de logiciels. Ce décalage temporel et structurel rassure de nombreux épargnants en quête de stabilité.
Le private equity est-il accessible aux particuliers ?
De l’élite financière au grand public : une révolution en marche
Autrefois réservé aux investisseurs institutionnels ou aux ultra-riches, le private equity s’ouvre désormais au grand public. Grâce à des innovations réglementaires, il est possible d’investir dans des fonds de capital-investissement via des supports comme l’assurance-vie ou le Plan d’Épargne Retraite (PER). En 2024, 26 milliards d’euros ont été levés dans le non coté par des particuliers, soit une hausse de 16 % par rapport à l’année précédente. « C’est une rupture historique », analyse Camille Lenoir. « Le particulier peut désormais accéder à des stratégies qui, il y a dix ans, étaient inaccessibles sans un patrimoine de plusieurs millions. »
Les nouveaux formats : fonds pilotés, evergreen, appels de capital
Les structures se sont adaptées. Les fonds « evergreen », par exemple, ne ferment pas après une levée de capital et permettent des entrées progressives. D’autres proposent des appels de capital fractionnés, réduisant le montant initial requis. « J’ai commencé avec 5 000 euros dans un fonds d’innovation verte via mon assurance-vie », explique Léa Béranger. « C’est peu par rapport à mes autres placements, mais c’est un pied dans le non coté. Et surtout, je suis accompagnée par un conseiller spécialisé. » Cette accessibilité croissante ne doit toutefois pas faire oublier la nécessité de bien comprendre les mécanismes en jeu.
Quels sont les pièges à éviter en investissant dans le private equity ?
Immobilisation du capital : un engagement de longue haleine
La règle d’or du private equity est la patience. Les capitaux sont généralement bloqués entre 5 et 10 ans. Aucun retrait anticipé n’est possible. « C’est un placement pour de l’épargne dormante », insiste Thomas Vidal. « Si vous pensez avoir besoin de cette somme dans les cinq ans, il ne faut pas y toucher. » Malik Zidane ajoute : « Le risque principal, ce n’est pas la perte d’argent, c’est de ne pas comprendre que vous perdez de la liquidité. »
La sélection des fonds : pas de place pour l’improvisation
Tous les fonds de private equity ne se valent pas. Les frais peuvent être élevés, et certains gestionnaires surfent sur la vague marketing sans stratégie claire. « J’ai vu des dossiers avec des frais de gestion à 2,5 % par an, plus des frais de performance à 20 % », alerte Camille Lenoir. « Sur dix ans, cela peut grignoter plus de 30 % de la performance nette. » La lecture des documents d’information, comme le DICI ou le prospectus, est indispensable. « J’ai passé trois mois à étudier les rapports annuels de trois fonds avant de choisir », témoigne Julien Kessler. « C’est long, mais c’est mon argent. »
La diversification : un levier de sécurité
Investir dans un seul fonds ou un seul secteur est risqué. Les experts recommandent de répartir les investissements entre plusieurs fonds, voire plusieurs stratégies : capital développement, capital transmission, dette privée, ou encore capital innovation. « J’ai réparti mes 15 000 euros sur trois fonds différents : un dans l’industrie, un dans la santé, un dans les énergies renouvelables », explique Élodie Mercier. « Si l’un ne performe pas, les autres peuvent compenser. »
Comment intégrer le private equity dans son patrimoine ?
Quelle part allouer au non coté ?
Les spécialistes conseillent généralement de limiter l’exposition au private equity entre 5 % et 15 % du patrimoine, selon l’âge, la situation financière et l’appétit au risque. « Pour un épargnant de 40 ans, avec une épargne de 100 000 euros, 10 % en non coté, c’est raisonnable », estime Thomas Vidal. « Au-delà, on entre dans une zone spéculative. » L’idée n’est pas de remplacer l’épargne classique, mais de la compléter intelligemment.
L’accompagnement : un allié indispensable
Investir dans le private equity sans conseil, c’est comme monter une entreprise sans business plan. Un conseiller en gestion de patrimoine, un expert-comptable ou un avocat fiscaliste peuvent aider à évaluer les risques, comprendre les frais, et anticiper les stratégies de sortie. « Mon conseiller m’a fait rencontrer le gestionnaire du fonds », raconte Léa Béranger. « J’ai pu poser mes questions, voir son état d’esprit. Cela m’a rassurée. »
La formation continue : investir en connaissance de cause
Le monde du non coté évolue vite. De nouveaux fonds, de nouvelles réglementations, de nouveaux modèles d’affaires apparaissent chaque année. « Je lis au moins deux rapports par mois sur le private equity », confie Julien Kessler. « C’est devenu une passion autant qu’un investissement. » Des plateformes éducatives, des webinaires ou des clubs d’investisseurs permettent de se former sans être expert en finance.
A retenir
Le private equity est-il une solution miracle ?
Non. Le private equity n’est pas une solution miracle, mais une opportunité stratégique dans un contexte de taux bas. Il offre des rendements potentiels élevés, une diversification solide et un ancrage dans l’économie réelle. En contrepartie, il exige du temps, de la patience, une bonne compréhension des risques et une gestion rigoureuse.
Faut-il investir dans le private equity en 2025 ?
Oui, mais avec prudence. Pour les épargnants disposant d’un capital immobilisable sur le long terme, qui acceptent un risque modéré et souhaitent dynamiser leur portefeuille, le private equity peut être un levier puissant. Il ne s’agit pas d’y plonger tête baissée, mais d’y entrer progressivement, informé, accompagné et diversifié.
Quel est le principal risque du private equity ?
Le principal risque est la perte de liquidité. L’argent investi est bloqué pendant plusieurs années, parfois sans valorisation transparente. En cas de besoin urgent de trésorerie, cette immobilisation peut devenir problématique. Il est donc crucial de ne jamais investir plus que ce que l’on peut se permettre de perdre ou d’immobiliser.





